Mon producteur me fait signe qu'il est temps d'y aller, les spectateurs s'impascientent. e pose le pied sur la première marche qui mène à la scène quand tout me revient. Des souvenirs en noir et blanc de mon parcours, cet anniversaire passé au chevet de mon père que la maladie emportait. Il a passé 6 ans sur ce lit avec pour seule compagnie sa guitarre. Ce jour de mes sept ans, mon père est parti. Je ne l'ai jamais vu courrir après mon premier vélo, jamais vu rentré du travail, épuisé par son labeur. Je l'ai toujours vu là, sur ce lit san âge, dans ce peignoir troué aux vapeurs mélants tabac froid et sueur. Le peu d'énergie qui lui restait, il l'utilisait pour me parler de mes ancêtres, me transmettre les histoires de ma région, mais surtout, il jouait. Les muscles de la main sont les derniers qu'il ait utilisé, ces articulations là n'étaient pas rouillées. Il jouait pour moi, moi qui l'écoutais tous les soirs dès mon retour de l'école. Pendant que les autres enfants du quartier jouaient dehors, moi je guettais pour que la Mort ne puisse s'approcher de mon père.
Il ne me tendait jamais sa guitarre, il attendait certainement que je lui demande. Mais moi, à l'époque, je ne voulais pas la manier maladroitement pour le plaisir que mon père me regarde sortir deux ou trois notes grésillantes au hasard, moi je voulais l'écouter sans cesse, regardr sa main gauche se balader sur le manche.
Le jour de sa mort j'avais donc sept ans et déjà des accords pleins la tête. Le matin, je m'apprêtais à prendre le chemin de l'école quand ma mère posa sa main sur mon épaule et me dit, avec un sourir faussement sincère que des larmes trahissaient, de monter voir mon père. J'ai d'abord hésité à monter les vieux escaliers qui menaient à la chambre, à vrai dire, j'avais peur d'y trouver la guitarre posée aux pieds de mon pere froid et innerte. J'ai arrêté de penser à moi, j'ai lentement gravit les marches en bois sombre et trouées par les mites. La fenêtre de la chambre était grande ouverte, mon père regardait le paysage, il dévorait des yeux chaque arbre, chaque colline et chaque maison, il les appréciait même par ce temps maussade.
Je suis entré sans bruit jusqu'à ce que le parquet craque en faisant juste assez de bruit pour détourner l'attention de mon père plongé jusqu'ici dans un moment privilégié, son dernier regard sur le Monde. Il me fixait alors d'n regard voilé par la douleur et l'apréhension de la venue de la faucheuse, mais tout de même rempli de tendresse. Il e dit de le rejoindre sur le matelas casseux et effilé. Il me donna des conseils sur la vie qui seraient trop longs à retranscrir. Il attrapa sa guitarre il voulait jouer une derniere fois pour son fils. Il joua le plus beau morceau qu'il connaissait. Quand il jouait, rien ne semblait pouvoir l'arrêter, il retrouvait sa jeunesse. Mais pas cette fois-ci. Cette fois-ci il lâcha la guitarre maladroitement et une flèche sembla lui transpercer le foie. Il tremblottait et suait, les mains crispées sur son ventre, les yeux solidement fermés et les dents serrées.
Quand il se reprit il me fit ses adieux, adieux qui me reviennent tous les soirs ou l'insomnie me harcèle.
Il ajouta: "Aujourd'hui tu ira à l'école, comme d'habitude. Tu rentrera dès la sortie, comme d'habitude. Mais cette foi je ne serais plus là, sur ce lit reposera ma guitarre. Tu la prendra et ira en jouer quelque part à l'extérieur de cette chambre, de cet appartement, de cet immeuble, de ce quartier, de cette ville si il le faut. Tu verras, tu y prendra vite goût. Tu recommencera toutes les semaines, surement, tous les soirs, j'espère. Mais tu rentrera toujours avant l'aube pour aller à l'école. Allez laisse moi maintenant. Au revoir mon fils".
Je suis donc redescendu, m'interdisant de pleurer, ne pas craquer devant ma mère et ma petite soeur. Ce soir je serais l'homme de la maison, je devais m'y conditionner dès maintenant.
A mon retour j'ai tout fait comme il me l'avait demandé. J'ai délicatement pris la guitarre par son manche et en sortant de l'immeuble je me suis arrêté pour réfléchir à l'endroit ou je jouerais pour honnorer mon père au travers de quelques ecnchaînements tremblants. Je me souvînt alors avior surpris une conversation ou mon père disait à ma mère qu'il souhaitait être incinéré et que l'on disperse ses cendres à l'entrée du port de la ville.
Une fois assis sur le quai j'ai enchaîné quatre ou cinq accords enchaînés à ma mémoire.
J'ai donc fait ça tous les soirs. Jouer pour mon père jusqu'à m'en faire saigner les doigts, les pieds dans le vide, à quelques centimètre de l'eau de l'eau, à l'poque, encore pas trop souillée par les carburants.
Plus le temps passait plus ils s'en rapprochaient, jusqu'au jour où il la touchèrent, puis étaient de plus en plus immergés. Les notes de ce morceau de bois au couché de Soleil résonnaient comme un cris de l'âme. Un cris positif, parfois.
J'étais sur le port tous les soirs, pas toujours seul. Parfois un guitariste venu du large se posait à côté de moi et m'accompagnait pendant quelques minutes, les temps de ces morceaux on se sentait frère, sans pourtant échanger un seul mot. Ce n'est pas pour autant que j'ai mené une vie d'acète, j'ai usé des plaisirs de la chair, j'ai pu boire quelques bons vins, beaucoup de mauvais whisky aussi.
Toutes les nuits, en rentrant, le même rituel. Ma mère m'avait gardé quelques restes du repas et un peu de café. Parfois ma soeur avait fait une dessin pour moi. Elle marquait aussi un mot de la part de ma mère qui dans l'urgence de l'éducation de ses enfants et du travail n'avait pas pris le temps de s'arrêter à l'école.
Le matin j'allais à l'école avec souvent moins de 3heures de sommeil. Au début je sêchais le dernier cours, puis l'avant dernier aussi. Et puis un matin je suis allé m'installé au port, guitarre en mains dès l'aurore. J'y restais toute la journée et une bonne partie de la nuit. C'était devennu ma raison d'être. Faire vibrer ces cordes dans ce port.
C'est un petit port de méditerrannée, caché dans un petite crique. Les couleurs des tuiles, de l'eau et des bateaux s'y marient à la perfection. Quelques voyageurs, des pêcheurs et parfois quelques marins un peu portés sur la boisson...je ne serais pas mort sans cicatrices.
Les années passèrent. J'avais beaucoup de morceaux de ma composition dans mon répertoire.
Un jour le patron d'un bar vînt près de moi, intrigué de me voir là tous les soirs depuis toutes ces années. Il me demanda ce que je savais faire avec cette guitarre, sans parler je lui ai répondu, simplement en jouant. J'avais déccroché mon premier emplois. Pour la première fois j'allais pouvoir rapporter de l'argent à la maison à l'aide de la musique. Bien sûr quelquefois des touristes m'avaient donné des pièces, mais cette fois c'était différent, j'étais salarié.
Après 4 mois dans ce bar j'en ai changé, et encore. Ainsi de bar en bar puis de port en port, j'assumais mon statut de troubadour, divertir les gens, les faire frisonner en agitant les cordes. Sans parler.
J'en ai vu de ces visages d'enfants, d'adultes, de vieillards souriants, les yeux pétillants qui fixent mes doigts et mon attitude. J'en ai entendu des applaudissements de gents restés boire après mon passage sur l'estrade.
Mais aujourd'hui c'est différent, je joue dans l'une des plus grandes salles de mon pays, à la capitale.
Les gens présents sont ici grâce au matraquage des radios et aux inombrables émissions affligeantes que mon producteur et mon agent m'ont imposé.
Je pense à mon père jouant sur son lit, rien que pour moi, ses yeux fiers et forts malgrès sont état physique. Aucun des lasers et projecteurs présents sur cette scene ne pourrait retranscrir cette ambiance, ne serait-ce qu'une seconde.
Mon pied est toujours posé sur cette première marche qui mène à la scene.
Ma jambe tremble maintenant. Je regarde mon producteur et lui lance un seul mot: "Adieu". Ma main marquée de tâches de vieillesses serre un peu plus fort le manche de cette guitarre pleine de souvennirs, de cicatrices, de vie parallèlement à moi. Je prends la sortie de secours et disparaît dans l'air tiède de la nuit. Je dois voir mon petit fils, j'ai à lui parler de ce morceau de bois foncé.
Il ne me tendait jamais sa guitarre, il attendait certainement que je lui demande. Mais moi, à l'époque, je ne voulais pas la manier maladroitement pour le plaisir que mon père me regarde sortir deux ou trois notes grésillantes au hasard, moi je voulais l'écouter sans cesse, regardr sa main gauche se balader sur le manche.
Le jour de sa mort j'avais donc sept ans et déjà des accords pleins la tête. Le matin, je m'apprêtais à prendre le chemin de l'école quand ma mère posa sa main sur mon épaule et me dit, avec un sourir faussement sincère que des larmes trahissaient, de monter voir mon père. J'ai d'abord hésité à monter les vieux escaliers qui menaient à la chambre, à vrai dire, j'avais peur d'y trouver la guitarre posée aux pieds de mon pere froid et innerte. J'ai arrêté de penser à moi, j'ai lentement gravit les marches en bois sombre et trouées par les mites. La fenêtre de la chambre était grande ouverte, mon père regardait le paysage, il dévorait des yeux chaque arbre, chaque colline et chaque maison, il les appréciait même par ce temps maussade.
Je suis entré sans bruit jusqu'à ce que le parquet craque en faisant juste assez de bruit pour détourner l'attention de mon père plongé jusqu'ici dans un moment privilégié, son dernier regard sur le Monde. Il me fixait alors d'n regard voilé par la douleur et l'apréhension de la venue de la faucheuse, mais tout de même rempli de tendresse. Il e dit de le rejoindre sur le matelas casseux et effilé. Il me donna des conseils sur la vie qui seraient trop longs à retranscrir. Il attrapa sa guitarre il voulait jouer une derniere fois pour son fils. Il joua le plus beau morceau qu'il connaissait. Quand il jouait, rien ne semblait pouvoir l'arrêter, il retrouvait sa jeunesse. Mais pas cette fois-ci. Cette fois-ci il lâcha la guitarre maladroitement et une flèche sembla lui transpercer le foie. Il tremblottait et suait, les mains crispées sur son ventre, les yeux solidement fermés et les dents serrées.
Quand il se reprit il me fit ses adieux, adieux qui me reviennent tous les soirs ou l'insomnie me harcèle.
Il ajouta: "Aujourd'hui tu ira à l'école, comme d'habitude. Tu rentrera dès la sortie, comme d'habitude. Mais cette foi je ne serais plus là, sur ce lit reposera ma guitarre. Tu la prendra et ira en jouer quelque part à l'extérieur de cette chambre, de cet appartement, de cet immeuble, de ce quartier, de cette ville si il le faut. Tu verras, tu y prendra vite goût. Tu recommencera toutes les semaines, surement, tous les soirs, j'espère. Mais tu rentrera toujours avant l'aube pour aller à l'école. Allez laisse moi maintenant. Au revoir mon fils".
Je suis donc redescendu, m'interdisant de pleurer, ne pas craquer devant ma mère et ma petite soeur. Ce soir je serais l'homme de la maison, je devais m'y conditionner dès maintenant.
A mon retour j'ai tout fait comme il me l'avait demandé. J'ai délicatement pris la guitarre par son manche et en sortant de l'immeuble je me suis arrêté pour réfléchir à l'endroit ou je jouerais pour honnorer mon père au travers de quelques ecnchaînements tremblants. Je me souvînt alors avior surpris une conversation ou mon père disait à ma mère qu'il souhaitait être incinéré et que l'on disperse ses cendres à l'entrée du port de la ville.
Une fois assis sur le quai j'ai enchaîné quatre ou cinq accords enchaînés à ma mémoire.
J'ai donc fait ça tous les soirs. Jouer pour mon père jusqu'à m'en faire saigner les doigts, les pieds dans le vide, à quelques centimètre de l'eau de l'eau, à l'poque, encore pas trop souillée par les carburants.
Plus le temps passait plus ils s'en rapprochaient, jusqu'au jour où il la touchèrent, puis étaient de plus en plus immergés. Les notes de ce morceau de bois au couché de Soleil résonnaient comme un cris de l'âme. Un cris positif, parfois.
J'étais sur le port tous les soirs, pas toujours seul. Parfois un guitariste venu du large se posait à côté de moi et m'accompagnait pendant quelques minutes, les temps de ces morceaux on se sentait frère, sans pourtant échanger un seul mot. Ce n'est pas pour autant que j'ai mené une vie d'acète, j'ai usé des plaisirs de la chair, j'ai pu boire quelques bons vins, beaucoup de mauvais whisky aussi.
Toutes les nuits, en rentrant, le même rituel. Ma mère m'avait gardé quelques restes du repas et un peu de café. Parfois ma soeur avait fait une dessin pour moi. Elle marquait aussi un mot de la part de ma mère qui dans l'urgence de l'éducation de ses enfants et du travail n'avait pas pris le temps de s'arrêter à l'école.
Le matin j'allais à l'école avec souvent moins de 3heures de sommeil. Au début je sêchais le dernier cours, puis l'avant dernier aussi. Et puis un matin je suis allé m'installé au port, guitarre en mains dès l'aurore. J'y restais toute la journée et une bonne partie de la nuit. C'était devennu ma raison d'être. Faire vibrer ces cordes dans ce port.
C'est un petit port de méditerrannée, caché dans un petite crique. Les couleurs des tuiles, de l'eau et des bateaux s'y marient à la perfection. Quelques voyageurs, des pêcheurs et parfois quelques marins un peu portés sur la boisson...je ne serais pas mort sans cicatrices.
Les années passèrent. J'avais beaucoup de morceaux de ma composition dans mon répertoire.
Un jour le patron d'un bar vînt près de moi, intrigué de me voir là tous les soirs depuis toutes ces années. Il me demanda ce que je savais faire avec cette guitarre, sans parler je lui ai répondu, simplement en jouant. J'avais déccroché mon premier emplois. Pour la première fois j'allais pouvoir rapporter de l'argent à la maison à l'aide de la musique. Bien sûr quelquefois des touristes m'avaient donné des pièces, mais cette fois c'était différent, j'étais salarié.
Après 4 mois dans ce bar j'en ai changé, et encore. Ainsi de bar en bar puis de port en port, j'assumais mon statut de troubadour, divertir les gens, les faire frisonner en agitant les cordes. Sans parler.
J'en ai vu de ces visages d'enfants, d'adultes, de vieillards souriants, les yeux pétillants qui fixent mes doigts et mon attitude. J'en ai entendu des applaudissements de gents restés boire après mon passage sur l'estrade.
Mais aujourd'hui c'est différent, je joue dans l'une des plus grandes salles de mon pays, à la capitale.
Les gens présents sont ici grâce au matraquage des radios et aux inombrables émissions affligeantes que mon producteur et mon agent m'ont imposé.
Je pense à mon père jouant sur son lit, rien que pour moi, ses yeux fiers et forts malgrès sont état physique. Aucun des lasers et projecteurs présents sur cette scene ne pourrait retranscrir cette ambiance, ne serait-ce qu'une seconde.
Mon pied est toujours posé sur cette première marche qui mène à la scene.
Ma jambe tremble maintenant. Je regarde mon producteur et lui lance un seul mot: "Adieu". Ma main marquée de tâches de vieillesses serre un peu plus fort le manche de cette guitarre pleine de souvennirs, de cicatrices, de vie parallèlement à moi. Je prends la sortie de secours et disparaît dans l'air tiède de la nuit. Je dois voir mon petit fils, j'ai à lui parler de ce morceau de bois foncé.
